Je suis capable de passer plus de temps à préparer une activité que les enfants à la regarder. Dans mon imagination, le petit théâtre aurait des rideaux, un décor nantais et un début bien construit. Dans le salon, Noé voudrait déplacer le décor et Inès déciderait que le personnage principal est une chaussure. J’aimerais dire que j’accueille toujours cette liberté avec joie. Parfois, j’ai surtout envie qu’on admire mon rideau.
Cet après-midi, je laisserais donc le rideau de côté. Une boîte à chaussures ouverte, posée sur une table basse stable ou sur le sol, fera la scène.
Préparer moins de choses, mieux adaptées
Je choisis un carton propre, sans agrafes ni bords coupants. L’adulte découpe à l’avance une ouverture si elle est utile, puis range l’outil. Les personnages sont de grandes formes en carton épais, faciles à tenir, sans petites pièces à détacher. Pas de piques, de longs fils ou de sacs en plastique pour les costumes.
Noé a deux ans. Il peut déplacer une grande silhouette sous ma surveillance. Inès, cinq ans, peut dessiner un personnage ou choisir une couleur. Les feutres et matériaux sont adaptés à leur âge. Je ne sors pas mes fournitures fragiles pour leur demander ensuite de ne surtout pas s’en servir comme des enfants.
Les idées de jeux à la maison de l’UNICEF rappellent qu’un matériel ordinaire peut suffire. Notre boîte-théâtre est une variation libre. Je n’en fais pas une promesse d’apprentissage accéléré, seulement une occasion d’inventer ensemble.
L’histoire peut tenir en trois mouvements
Quelqu’un arrive. Il cherche quelque chose. Quelqu’un répond. Voilà toute ma réserve dramatique. Si Inès veut transformer cela en aventure de vingt minutes, je l’écoute. Si Noé fait arriver six fois le même chat, je peux aussi entrer dans son jeu répétitif sans réclamer un rebondissement.
Je propose, puis j’attends. C’est précisément l’attente qui me demande un effort : ne pas remplir chaque silence avec une nouvelle consigne. Quand les enfants racontent, je n’ai pas besoin de traduire leurs idées en version plus élégante.
Si chacun veut la même figurine, je peux en proposer une deuxième ou aider à des tours très courts. Je ne confie pas à Inès la responsabilité de satisfaire son frère. Et si elle veut une histoire à elle pendant qu’il explore une autre boîte, nous avons le droit d’avoir deux scènes.
Le public n’est pas obligatoire
Nous n’avons pas à filmer, à envoyer le résultat ni à préparer une représentation pour Malik. La possibilité de raconter quelque chose n’oblige pas à le produire pour d’autres. Je demande avant de partager une image, et je peux simplement ne rien photographier.
Quand l’attention s’en va, je range ce qui présente un risque ou encombre le passage. Nous gardons éventuellement un personnage pour demain. Aucun bilan n’est nécessaire, aucune phrase sur le temps que j’y ai consacré.
Dans une ville où la pluie sait parfois s’installer, j’aime l’idée d’une activité qui supporte d’être interrompue. Un théâtre avec une chaussure dans le premier rôle et personne pour applaudir peut suffire. C’est peut-être mon rideau imaginaire qui aura le plus de mal à s’en remettre.
A thought worth keeping?



